Sayonara Nihon

Paris - Août 2012

Et voilà. Vous le savez sûrement ou l’avez finalement deviné, nous sommes rentrés. Cela fait un bon mois maintenant que nous avons quitté le pays du soleil levant pour retrouver celui des Lumières. Nous avons retrouvé nos familles et amis, retrouvé notre village camarguais, cherché et trouvé un appartement et déménagé, encore. Nous avons râlé contre la saleté des rues, poussé des cris de joie en retrouvant les fromages au lait cru, joué à cache-cache dans notre appartement dix fois plus grand que notre studio de Shinjuku, raconté, raconté, jusqu’à en saouler, nos diverses escapades nippones, rencontré des bébés nés pendant notre absence, visité Paris comme des touristes, ri, bu, râlé encore, dansé. Et nous avons tenté tant bien que mal, de ne pas répondre à cette question posée un million de fois :

« Alors ? Ça fait quoi le retour ? »

Ce « Alors ? » il me glace le sang à chaque fois que je l’entends. Et pourtant je l’attends, il est incontournable, il est évident. Mais il est aussi impossible d’y répondre.
Qu’est-ce que ça fait d’avoir retrouvé nos familles et nos amis ? Ça fait un bien fou. Ils nous ont manqué encore plus que ce à quoi nous nous attendions. Les retrouvailles ont débordé de joie et je n’ai vraiment plus envie de les laisser loin aussi longtemps.
Qu’est-ce que ça fait de revenir en France ? C’est mitigé. Je suis contente d’avoir retrouvé tout un tas de choses (essentiellement alimentaires, soyons honnête) mais les défauts de mon pays que j’ai laissé avec joie en allant au Japon, sont toujours là et ça ne changera pas de sitôt. Avoir été coupés des informations nationales aussi nous a fait du bien et les retrouver au retour, même si on ne les cherche pas vraiment, me donne l’impression de vivre à des années lumières des préoccupations des médias.
Qu’est-ce que ça fait de quitter le Japon ? C’est triste. Je quitte le pays que j’aime, c’est forcément triste. Même si on y retournera un jour, c’est pas pour demain, et ce ne sera plus pareil. Bien sûr, la règle du jeu était posée dès le départ. C’était un an et retour. Et c’est bien comme ça. Je n’ai pas envie d’aller vivre au Japon. Parce que malgré tout l’amour que je porte à ce pays, il me coupe de mes racines. Et je suis incapable de vivre sans racines. J’ai besoin de ma famille pas loin, de ces amitiés que j’ai mis des années à construire, de ce nid d’amour et de chaleur sans lequel je ne sais plus très bien vers où aller. Mais voilà, je quitte un autre amour pour tout ça. Je quitte le Japon comme on met un terme à une relation amoureuse agréable mais sans avenir. C’est douloureux mais inévitable si l’on veut continuer à vivre.

Mais je n’ai pas répondu à la question n’est-ce pas ? LE RETOUR.
Le retour c’est un peu de tout ça, oui, bien sûr, mais c’est aussi (et surtout) faire le bilan de ce voyage et de nous-même, retrouver tout ce qu’on avait laissé en partant et sur lequel on ne met pas vraiment de mot mais qui est là, qui attend qu’on se retrouve face à face, faire des projets d’avenir, de vie. Ce « alors ? » c’est aussi « quelle est la réponse ? L’avez-vous trouvé, ce que vous cherchiez ? Et si non, est-ce que vous allez repartir un jour ? Et si non, est-ce que vous allez y arriver à reprendre votre vie, à gérer ce retour ? ». Ce « alors ? » c’est une putain de question en fait. C’est comme si je vous demandais à tous de faire une pause, là tout de suite, et de me répondre : « alors ? ça fait quoi la vie ? » Et, vous allez être d’accord, je crois que la réponse, je l’aurai pas avant la fin.

Quant à ce blog, j’ai encore tout un tas de choses à raconter sur notre voyage au Japon, et comme nos familles et amis commencent à en avoir marre, je vais continuer à le faire ici, si vous voulez bien. Donc ne partez pas trop loin, je suis toujours là.

Cette entrée a été publiée dans Blablabla. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

11 réponses à Sayonara Nihon

  1. karl dit :

    Il n’y a jamais vraiment de retour. Il y a le moment présent et la découverte.

  2. Jordy Meow dit :

    Dommage, on se sera pas rencontré ! Comme David vous aviez peut-être peur que je vous fasse tomber dans les haikyo ? ;)

    Le retour c’est un tas de retrouvailles mais aussi une tonne de choses que l’on laisse derrière et que l’on ne pourra jamais retrouver comme avant. C’est ce que ça m’a fait quand j’ai quitté la Chine après y avoir habité pendant un an en tant qu’étudiant (qu’est-ce que c’était fun, incroyable !) et après plus de 4 ans au Japon, je n’ose pas imaginer un retour. C’est comme si je mourrais et renaissais ailleurs. Bref, je n’ose même pas y penser, mais ton post m’y a obligé.

    En tout cas continue à écrire, j’adore tes textes ainsi que vos photos ! Et même si nous ne sommes jamais rencontrés, vous me manquerez.

  3. petitadrien dit :

    On est là :) et on continuera à suivre vos petites histoires et aventures !

  4. Poison Lady dit :

    Je me disais bien aussi que ce silence ne pouvait cacher que ça.

    Contente de voir qu’il te reste des choses à raconter sur ce merveilleux voyage en tout cas. Les souvenirs, eux, resteront avec vous quoi qu’il arrive, c’est ça l’important.

    Ca doit être déboussolant de rentrer et de se retrouver avec toutes ces choses en suspends d’un coup… bon courage =^__^=

  5. himawari dit :

    Je comprends tres bien ce que vous ressentez. J’ai fait l’inverse. Je suis Japonaise ayant vecu en France pendant 3 ans. Ca fait plus de dix ans que j’ai quitte la France, mais parfois elle me manque enormement. Et je ballade tous les coins de Tokyo pour chercher « la France » a Tokyo. je vais au bistrot francais a Kagurazaka, je regarde des films francais, parfois j’ecoute toute la journee la radio « France culture » dans mon appartement… Je suis comme une femme qui n’arrive jamais a oublier son amour de sa vie. Mais pour la meme raison que vous, je ne pourrais pas vivre en France….

  6. Endareyn dit :

    *fromage au lait cru*……… haaaaaaaaaa j’en veux !!

    Au delà des rêves de mon pauvre estomac, ça fait plaisir d’avoir de vos nouvelles et de savoir que tu as encore plein de choses à raconter :-)

    Je sais également que je suis là pour 1 an et demi, à peu près pour les mêmes raisons que toi – les racines, mais j’avoue que quand je me prête à penser au retour ça me fait peur. Autant pour les choses que je laisserai ici, que pour l’avenir totalement flou qui m’attend. Ces 18 mois au Japon, quelque part, c’est moins effrayant, car il n’y a pas vraiment besoin de penser à l’avenir.

    Enfin bref, je vous souhaite une bonne « suite de réadaptation » à la France, et je serai là pour lire tes prochains articles ! Contente d’avoir pu vous croiser avant votre retour !

  7. karl dit :

    @endareyn,

    En cas d’urgences gustatives et émotionnelles, il y a par l’exemple « Le Fermier » à Shibuya, Tokyu Food Show. Cher mais au moins au lait crû. :)

  8. Sonyan dit :

    Oh l’autre, comment elle se la pète avec son fromage au lait cru ! Même pas jalouse d’abord !
    Une fois n’est pas coutume, pour une fois c’est moi qui prend le temps de te commenter :)
    Ton article me touche parce que je suis passée par là moi aussi, ce retour après un an, ce « Alors ? » qu’on sait pas trop quoi en faire et qui met un peu le Brandon (… le cafard donc.) sans savoir pourquoi.
    Pis finalement moi je suis repartie, mais franchement pour ce qui est de la famille et des amis c’est dur à assumer des fois (souvent). Genre je réalise mon rêve, mais toute seule dans mon coin, loin de tout, sans pilier pour me soutenir, sans réussir à me recréer un nid aussi douillet qu’avant.
    C’est un sentiment compliqué.
    En tous cas je vous souhaite une belle route, au plaisir de te relire, « vieille grigoutte » ;)

  9. Endareyn dit :

    Merci @karl ^^
    Heureusement c’est bientôt la fin des températures trop chaudes, donc nos familles vont se relayer pour l’envoi de fromage :p

  10. Diane dit :

    coucou !

    Merci pour ton blog que j’ai suivit toute l’année en attendant mon propre voyage x) Il m’a bien aidé pour certaine démarches et m’a donné envie de visiter plein de choses !
    J’ai été m’inscrire à l’école de langue où tu étais et quand ils m’ont demandé où je les avaient connus j’ai parlé de ton blog, grâce à toi j’ai donc eu une réduction de 10000¥ sur les frais d’inscription ! (apparemment c’est quand on découvre leur école par internet) Donc merci ! XD

  11. Dômo dit :

    Oui merci ! merci de nous avoir fait partager vos aventures au Japon, de nous avoir faire rêver avec vous !
    A la lecture de ce blog, j’avais plus que jamais envie d’aller au Japon… maintenant, en lisant cet « au revoir », j’ai peur du retour avant même d’être parti ^_^ en lisant cet article, je ressens énormément d’empathie pour vous et pour la déchirure (c’est presque cela, non ?) que vous éprouvez ! Je vous souhaite du courage, de la réussite… en 2 mots, une bonne continuation !!

    Merci encore !! je sais que j’irai un jour là-bas et alors je me rappellerai de tous les conseils égrenés au fil des articles… ;-)