Mont Tonodake : I DID IT.

Sommet du Mont Tonodake - Juin 2012

Laissez-moi vous présenter mon nouvel ami :
Il se nomme Tō-no-dake 塔ノ岳 (ou Mont Tō), c’est un sommet de la chaîne des montagnes Tanzawa, dans la préfecture de Kanagawa. Il mesure 1491 mètres de haut et est en grande forme : grand et escarpé, un jeune en pleine santé.

Pour aller le voir on prend la Odakyu line depuis Shinjuku et jusqu’à Hadano, puis un bus jusqu’au terminus de Yabitsu Pass. Tout ça nous prend deux bonnes heures… Autant vous dire, si vous avez suivi un peu les précédents articles, que nous étions dans le train à 5h30. Ça ne m’étonne même plus.
De là on prend le chemin (qu’on ne peut pas louper : on n’est pas seul à faire l’ascension) et on monte, on monte, on monte.

Si on lui rend visite comme nous en pleine saison des pluies, on n’aura aucune chance d’apercevoir le Mont Fuji une fois au sommet, en revanche on profitera de l’ambiance mystique de la brume qui recouvre toute la forêt et la montagne. C’est vraiment très beau, je m’attendais à voir le Dieu Cerf de Princesse Mononoke sortir d’entre les arbres…
- Aparté : Finalement, où que l’on soit au Japon, dans la jungle d’Okinawa ou dans la forêt de cèdres d’Hakone, on a toujours ce sentiment d’être dans un animé de Miyazaki, on cherche les Kodama (Sylvains), on chante le générique de Totoro (ce qui motive énormément pour la marche d’ailleurs), on est à deux doigts de prendre une grande feuille pour s’en faire un parapluie. -

Bref. Tout ça c’est bien mignon mais la réalité est bien plus terre à terre : on monte. Oui je l’ai déjà dit. Mais c’est-à-dire qu’on a monté sans discontinuer pendant 4 heures, alors c’est un peu répétitif forcément. La montée alterne chemins en cailloux (mais tout droits hein, pas de virages, et puis quoi encore), escaliers en bambous (raides comme la mort et aux marches irrégulières), escaliers en bois (j’appelle ça des échelles moi).
A chaque nouvel escalier on croit être arrivés en haut mais non. De nouvelles marches apparaissent pour nous faire grimper encore un peu plus. C’est que 1200 mètres de dénivelés ça ne se fait pas en 5 minutes hein. Donc on monte. Autour de nous le paysage change. D’abord une forêt de pins et cèdres, puis des feuillus, avec des cerisiers et des érables, puis de moins en moins d’arbres et de plus en plus de buissons. Après 4 heures donc, d’innombrables marches et escaliers (dont au moins 5 escaliers de l’enfer : ceux qui, quand tu les regardes d’en bas, te semblent aller directement dans les nuages. Et ce jour-là, c’était littéralement ça), nous voilà au sommet.

J’ai de la peine à le croire… Moi ? A 1491 mètres d’altitude ? Je viens de grimper tout ça ? Et sans même râler, pleurer, implorer David de m’achever, téléphoner à ma mère… Ou juste un peu. S’en suit un dialogue improbable avec le Mont Tō-no-dake, en anglais, je sais pas bien pourquoi, à la limite si il comprend un truc, ça doit plutôt être le Japonais, m’enfin l’altitude tout ça…
Extrait : I DID IT ! F**KING S*IT ! I GOT YOU TONODAKE !
Et sur ce je cherche un endroit où m’écrouler…

Nous sommes complètement noyés dans la brume, on n’y voit pas à 5 mètres… Mais assez cependant pour distinguer quelque chose de roux qui bouge, là, dans les fourrés… Le Dieu Cerf ! Bon non, pas cette fois, mais ce sont deux jolis daims qui grignotent tranquillement les buissons, sans se soucier des promeneurs (nombreux) et de leurs cris de joie (kawaiiiiiii). En deux secondes j’oublie la fatigue, je m’approche assez près pour bien les voir (la brume, je rappelle) et les mitrailler de photos. Je n’avais jamais approché d’animaux sauvages d’aussi près (à part les écureuils du Québec mais le sauvage est relatif chez eux), je suis ravie !
Les daims partent vers d’autres buissons plus verts et mes cuisses me rappellent à l’ordre : je m’écroule enfin. Ça tombe bien c’est l’heure de la boulette de riz.
Pendant que je m’endors me repose, David fait son malin et part vers le sommet suivant, le Mont Tanzawa, en courant. Il mettra une heure à faire l’aller-retour, la classe.

Bon puis c’est pas tout ça, mais il faut bien redescendre. Et comme c’est par le même chemin, c’est tout aussi raide. Et si la descente sollicite moins mes faibles capacités d’endurance, elle fait bien plus mal aux jambes. Pour vous dire, j’ai encore mal à l’heure où j’écris ces lignes (je viens de passer deux jours à marcher comme un robot et à grimacer à chaque fois que je m’assieds/me lève/monte sur un trottoir, je suis ridicule). La descente se fait en trois heures, on va toujours un peu plus vite au retour, même si les escaliers nous contraignent quand même à faire attention où on met les pieds.
Le retour en train lui passe très vite, allez savoir pourquoi, j’ai juste fermé les yeux quelques secondes qu’on était déjà à Shinjuku…

Et voilà, c’est fait. Je viens de faire la randonnée la plus coriace de ma vie. J’ai souffert (enfin je souffre toujours pour être exacte), mais je suis ravie et fière de moi. Comment je vais lui mettre la pâtée au Mont Fuji !

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10 réponses à Mont Tonodake : I DID IT.

  1. petitadrien dit :

    Félicitations ! Cette « balade » était une bonne petite mise en jambe avant le Fujisan :)

  2. David Larlet dit :

    Réclamation ! Je l’ai fait en 50 minutes :p

  3. kureno dit :

    oui, mais David , le temps ne compte pas avec Tam. La preuve elle a mis une seconde pour faire Tonodake – shinjuku …. Mouhaha.
    Trop marrant cet article !

  4. karl dit :

    Magnifique. Cela me donne envie de prendre mes chaussures et d’aller randonner.

    Prochain ?

    Odakyu – Odawara sen -> Shin-Matsuda puis le bus jusqu’au temple Saijo-dera et grimper jusqu’au sommet de Myojin-ga-take et Myojo-ga-take. Beaucoup plus facile que le votre seulement ~920m et ~1170m. On peut redescendre d’un autre côté.

    J’avais été là-bas début juillet et le bus à travers la forêt était magnifique avec une longue route bordée d’hortensias.

  5. J’adore cette brume, c’est superbe ! J’ai trop envie de me joindre à vous ^^ Sauf pour Fuji-san :p

  6. Poison Lady dit :

    La forêt dans la brume, ça a juste l’air magique.

  7. David Larlet dit :

    @karl : il me semble que les sommets que tu cites sont adjacents au Mont Kintoki que l’on a fait, je voulais continuer sur la crête pour enchaîner mais on avait un peu froid (et Émilie était un peu fatiguée pour changer :p).

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  9. Endareyn dit :

    Les photos sont superbes, ça me donnerai limite envie de la faire :p
    Mais étant donné mon endurance, il va falloir commencer plus soft je pense ! (enfin cela dit, je me suis laissée convaincre de faire le Mt Fuji dans un an, donc va falloir que je me bouge les fesses pendant l’année qui vient…)